


Lorsqu’on évoque l’aménagement du territoire, la santé n’est pas spontanément le premier sujet qui vient à l’esprit contrairement aux questions de logement, d’équipement publics, de mobilités, de transition écologique ou encore d’attractivité économiques. Pourtant, chacun de ses enjeux réponds à des enjeux sanitaires essentiels qui visent, au fond, à améliorer durablement la qualité de vie et la santé des habitants. Ces dernières années de nombreuses études et témoignages ont démontrés que l’aménagement agit sur de nombreux déterminants de la santé. La qualité des logements, le confort thermique, l’accès à des espaces publics agréables, la présence d’îlots de fraîcheur, la qualité de l’air, de l’eau et des sols, mais aussi les possibilités de se déplacer à pied ou à vélo, de pratiquer une activité physique ou de profiter d’espaces de loisirs, influencent directement le bien-être et la santé de chacun. Face aux défis du changement climatique, du vieillissement de la population ou encore des inégalités territoriales, cette approche globale s’impose progressivement comme une évidence. Concevoir un urbanisme favorable à la santé, c’est penser des territoires plus résilients, plus inclusifs et plus agréables à vivre. C’est aussi replacer l’humain au cœur des projets d’aménagement. C’est tout l’objet de ce nouveau numéro de Cartes sur Table. À travers des analyses, des retours d’expérience et des réalisations concrètes, vous découvrirez comment d’autres pays européens mais aussi commet les acteurs des territoires intègrent ces enjeux dans leurs projets et quelles pistes d’action peuvent être mises en œuvre collectivement. Bonne lecture à chacun.
Nicolas Gravit – Président de l’UNAM

Le concept d’urbanisme favorable à la santé (UFS) vise à tenir compte systématiquement et simultanément des conséquences sur la santé et sur l’environnement de tout projet d’urbanisme, comme le définit l’ouvrage La Santé en action . Il s’agit d’encourager des choix d’aménagement et d’urbanisme qui minimisent l’exposition des populations à des facteurs de risque tels que la pollution de l’air, les nuisances sonores ou encore l’isolement social. Objectif : maximiser l’exposition à des facteurs de protection et de promotion de la santé, comme la pratique de l’activité physique, l’accès aux soins ou aux espaces verts, la protection contre les fortes chaleurs…
La France s’est progressivement saisie du sujet en créant en 1990 le Réseau français Villes-Santé qui comprend 119 villes et intercommunalités. L’Ademe est à l’initiative de plusieurs démarches dont le Booster de l’UFS qui a donné lieu à la publication en 2023 d’un cahier d’idées, et une expérimentation, Expe URBA SanTé, visant à accompagner 10 territoires porteurs de projets.

Prendre soin de la ville pour qu’elle prenne soin de nous, c’est “care’ment” mieux. C’est même la promesse de l’urbanisme du care. Initié par l’urbaniste et philosophe, Yoann Sportouch, il défend une autre manière de faire la ville : une ville qui prend soin, qui relie et qui réconcilie l’humain au territoire.
Alice Cabaret, urbaniste, et Emma Vilarem, docteure en neurosciences cognitives travaillent de leur côté sur la façon dont les sciences cognitives peuvent aider à bâtir des villes plus résilientes aux chocs. En résumé : plus on est vulnérable socialement ou psychologiquement et moins on est en mesure de faire face aux risques urbains. À l’inverse, les personnes qui vivent dans un environnement qui répond à leurs besoins fonctionnels et émotionnels développent un sentiment d’attachement, qui leur procure un bien-être certain. Et qui bénéficie à tous !
La fédération nationale des agences d’urbanisme (Fnau) propose huit axes à prendre en compte dans tout projet d’aménagement et d’urbanisme :
1. Réduire les émissions et expositions aux polluants, risques et nuisances.
2. Promouvoir des modes de vie favorables à la santé, notamment l’activité physique et l’alimentation.
3. Favoriser la cohésion sociale et le bien-être des habitants.
4. Permettre l’accès aux soins et aux services socio-sanitaires.
5. Réduire les inégalités de santé entre les différents groupes socio-économiques et prêter attention aux personnes vulnérables.
6. Soulever et gérer les antagonismes entre les différentes politiques.
7. Mettre en place des stratégies favorisant l’intersectorialité et l’implication de l’ensemble des acteurs concernés, dont les citoyens.
8. Penser un projet adaptable, prendre en compte l’évolution des modes de vie.

La prise de conscience des carences de Paris en matière de gestion de l’hygiène publique survient au 19e siècle après plusieurs vagues d’épidémie de choléra . Napoléon III confie alors au préfet Georges Eugène Haussmann la mission « d’aérer, d’unifier et d’embellir la ville ». Outre la construction d’un vaste réseau d’égouts, le « baron » engage de grands travaux pour réaménager les quartiers insalubres et créer de larges boulevards favorisant la circulation de l’air et du soleil. Parallèlement, de nouvelles lois sanitaires posent les bases d’un modèle d’« urbanisme hygiéniste » plus exigeant en matière de construction (évacuation des eaux usées, fenêtres ouvertes sur l’extérieur, courants d’air et cour intérieure).
So British
Fin 19e siècle, l’urbaniste britannique Ebenezer Howard propose une manière de penser la ville plus bucolique en opposition à la ville industrielle. Il décrit son concept de cité-jardin qui prévoit une maîtrise publique du foncier pour éviter la spéculation foncière, une ceinture agricole, et la présence d’équipements publics au centre…
De l’esthétisme à la machine
L’acte fondateur de l’urbanisme moderne du XXe siècle reste la Charte d’Athènes, issue du 4e congrès du Ciam de 1933. Les participants y étudient les problèmes de plus de trente villes européennes et cherchent à définir les principes de la « ville fonctionnelle ». Le texte convient d’appréhender l’urbanisme non pas comme une esthétique mais comme « une machine destinée à satisfaire les besoins de tous ».

Au printemps 2020, la crise sanitaire révèle les angles morts de nos villes : logements trop petits, accès inégal aux espaces verts, isolement, fatigue sociale, manque de lieux de respiration. Ce podcast d’Echosciences raconte comment le confinement a élargi une vision longtemps dominée par les politiques hygiénistes pour intégrer le bien-être physique et mental des habitants. Bruit, promiscuité, surcharge sensorielle ou manque de nature sont désormais étudiés comme des déterminants de santé à part entière.

À Quimperlé, la collectivité s’appuie sur le programme « Petite Ville de Demain » pour déployer un projet de santé global fondé sur la prévention , au sein d’un modèle français encore dominé par l’approche curative. L’ambition est simple : créer un environnement qui encourage naturellement les habitants à marcher davantage, à se rencontrer, à profiter d’espaces naturels ou à accéder plus facilement aux services du quotidien.

« Il faut donner aux Parisiens de l’eau, de l’air et de l’ombre ».
Le préfet Rambuteau, préfet de la Seine de 1833 à 1848
« Le problème réel n’est pas de savoir quel serait le coût d’un urbanisme favorable à la santé, mais plutôt de savoir quel serait celui de son absence ».
Suzanne Déoux, médecin, spécialiste santé-bâtiment


Oubliez la pyramide de Maslow. Ce schéma raconte une autre histoire : celle des facteurs qui influencent réellement notre santé. Si notre patrimoine génétique compte, il ne représenterait qu’environ 15 % de notre état de santé . Le système de soins pèserait pour 25 %. Le reste, soit près de 60 %, dépendrait de notre environnement quotidien : le logement que nous occupons, les transports que nous empruntons, la qualité de l’air que nous respirons, la présence de nature ou encore les liens sociaux que nous tissons.
Schéma issu du répertoire des ressources sur l’importance d’intégrer la santé dans la planification territoriale et l’aménagement urbain.


Singapour impose l’intégration de la végétation dans de nombreux projets immobiliers. Toits végétalisés, façades plantées et corridors écologiques contribuent à limiter les îlots de chaleur et améliorent le cadre de vie des habitants. D’après l’Autorité de redéveloppement urbain (URA), plus de 40 % de la superficie de la cité-État est aujourd’hui couverte de végétation. En atténuant les effets des fortes chaleurs, ces aménagements réduisent l’exposition des populations les plus fragiles aux risques climatiques. Ils encouragent aussi les déplacements actifs et les activités de plein air.

« Le développement des espaces de verdure permet une réduction mesurée d’à peu près 15 000 cas d’asthme infantile, de même que 275 000 cas de diabète de type 2 grâce à l’augmentation de l’activité physique. En végétalisant, on modifie en effet les habitudes de circulation au bénéfice de la marche et du vélo », explique Nicolas Leroy, président de l’Union Nationale des Entreprises du Paysage (Unep), dans le dernier numéro d’ Envies de Ville.

Un PLUi préservant la santé. Adopté en 2022, le plan local d’urbanisme intercommunal Habitat et déplacements (PLUi-HD) de la Communauté urbaine de Dunkerque intègre la santé parmi les critères de chaque projet d’aménagement. La collectivité poursuit trois priorités : encourager des modes de vie plus favorables à la santé, améliorer les facteurs environnementaux qui influencent le bien-être des habitants et faciliter l’accès aux soins. À Grande-Synthe, un outil de modélisation de la pollution atmosphérique a ainsi permis d’éclairer les choix d’aménagement. Autre illustration de cette approche : la future école du quartier du Banc Vert, conçue selon un objectif « zéro perturbateur endocrinien ».

3-30-300
Développée par le chercheur néerlandais Cecil Konijnendijk en février 2021, la règle 3-30-300 constitue un cadre scientifique pour évaluer et améliorer l’accès à la nature en milieu urbain . Cette règle repose sur trois critères mesurables : chaque habitant doit pouvoir observer depuis la fenêtre de son domicile au moins 3 arbres ; la présence de 30 % de couverture arborée dans chaque quartier ; la garantie d’un accès à un espace vert à moins de 300 mètres de son lieu d’habitation, soit environ 5 minutes de marche. Aussi idéale soit-elle, cette règle présente toutefois des limites d’application comme l’explique Daily Green.

Pour faciliter la prise de mandat et rassembler toutes les informations clés, le Réseau français Villes-Santé organise des webinaires à destination des élus en charge de la santé des collectivités.
Prochains rendez-vous : 9 juillet et 10 septembre.
L’édition 2026 du congrès mondial de référence sur l’urbanisme et la santé, Healthy City Design 2026 International Congress, aura lieu les 20 et 21 octobre à Manchester. Il réunit urbanistes, architectes, aménageurs, promoteurs, chercheurs, responsables de santé publique.

Ce rapport sur le lien entre le vieillissement de la population et la ville durable est trop long ? Pas de panique, en voici les points les plus importants.
🔍 Constat : des villes qui fragilisent… ou protègent
Le vieillissement de la population (24 % d’Européens de +65 ans en 2030, 32 % en France en 2060) pose un défi majeur : comment concevoir des villes qui préservent l’autonomie et la santé des aînés ?
Les études menées à Paris et en banlieue révèlent un cercle vicieux :
• Mobilité réduite → Rétrécissement du territoire de vie (de 500 m à 200 m à pied après 85 ans).
• Isolement social (23 % des +75 ans en France) → Perte d’autonomie accélérée.
• Environnement hostile (trottoirs dégradés, escaliers, pollution, insécurité) → Peur de sortir et sédentarité forcée.
Exemple marquant : À Champigny-sur-Marne, les séniors avec des problèmes de santé marchent 2 fois moins que les autres, par manque d’infrastructures adaptées et de motivation sociale.
⚠️ Les risques santé identifiés
1. Désappropriation spatiale :
a. Les chutes (1ère cause de peur pour 62,9 % des séniors parisiens) et les obstacles urbains (trottoirs en dévers, travaux) limitent les déplacements, aggravent la sédentarité et les maladies chroniques (diabète, cardiopathies).
b. Conséquence : Atrophie musculaire, dépression, et perte d’autonomie précoce.
2. Isolement = facteur de mortalité :
a. L’isolement social augmente de 30 % le risque de mortalité prématurée (équivalent au tabagisme, selon l’OMS).
b. Déterminants clés :
i. Rupture des liens (retraite, deuils, déménagement).
ii. Gentrification : Les séniors se sentent “étrangers” dans leur quartier (ex. : 9e et 19e arrondissements de Paris).
iii. Précarité : 68 % des +85 ans n’utilisent jamais Internet (fracture numérique = exclusion des services en ligne).
3. Logement inadapté :
a. 90 % des +75 ans souhaitent vieillir chez eux, mais 1 logement sur 3 présente des risques (escaliers, absence d’ascenseur).
b. Résultat : Accumulation de facteurs d’isolement (difficulté à sortir, dépendance accrue).
💡 Solutions urbaines pour une santé durable
1. Aménagements “micro-adaptés”
• Trottoirs : Élargir, aplanir, éclairer, et supprimer les obstacles (plots, trous).
• Transports :
o Bus à plancher bas + fréquence adaptée (ex. : bus le dimanche à Champigny).
o Bancs publics tous les 200 m (rayon moyen de marche des +85 ans).
• Espaces verts : Créer des parcours de marche sécurisés (ex. : programmes “Building Bridges” à Leeds, Royaume-Uni).
2. Lien social = prescription médicale
• Intergénérationnel :
o Colocations étudiant-sénior (ex. : résidences “Chers voisins” à Lyon).
o Ateliers communs (jardins partagés, cours de langue) → Réduction de 40 % de l’isolement (étude MONALISA).
• Bénévolat des aînés : 60 % des retraités sont déjà engagés dans des associations → À valoriser pour maintenir leur rôle social.
• Veille de proximité : ____
o Réseaux comme “Voisin-age” (Petits Frères des Pauvres) ou “Cerca de ti” (Espagne) : visites à domicile, sorties organisées.
o Plan Canicule : Étendre le fichier Chalex (recensement des personnes vulnérables) aux isolés toute l’année.
3. Habitat innovant
• Cohousing suédois : Logements avec espaces communs et gestion collective → Réduction des coûts de santé (étude allemande).
• Résidences thématiques :
o Maison des Babayagas (Montreuil) : 21 femmes de +65 ans autonomes et solidaires.
o Logements Octaves (Lille) : Charte de voisinage + services adaptés.
• Numérique inclusif :
o Application VINCLES (Barcelone) : Plateforme pour connecter séniors, famille et services sociaux.
o Ateliers d’initiation : Former les aînés aux outils numériques (ex. : Innovative Senior Centers à New York).
La synthèse de ce rapport a été réalisée avec l’aide de Mistral AI.
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