


Lorsque l’on évoque la question de l’eau, de multiples images nous viennent à l’esprit. À la fois vitale pour nos organismes, nos écosystèmes et notre agriculture, elle peut également constituer un risque, qu’il s’agisse de submersion marine ou d’inondation.
L’été 2026, qui restera comme le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures météorologiques, est le symbole même de ces contradictions. Les canicules à répétition que nous avons collectivement subies nécessitaient, pour chacun d’entre nous, de s’hydrater en conséquence, mais aussi de se rafraîchir au contact de l’eau. Nous avons tous en mémoire les rivières, les fleuves et les plans d’eau pris d’assaut, parfois au mépris des réglementations et des dangers.
Cette eau fut également particulièrement attendue tout l’été par les agriculteurs, mais aussi par les pompiers et les habitants des territoires confrontés à des incendies d’une ampleur exceptionnelle. Par ailleurs le manque d’eau potable peut également devenir un problème majeur dans la gestion et le développement de certains territoires. Mais nous le savons : sur des sols aussi secs, l’abondance avec le retour de pluies intenses à l’automne peut, à son tour, devenir un risque majeur pour nos territoires. La montée du niveau de la mer inquiète également nombre de territoires littoraux.
L’eau devient donc progressivement un élément majeur de nos politiques d’aménagement du territoire, des attentes de nos concitoyens et de leurs élus et, à l’arrivée, de nos opérations.
Dans ce contexte où l’idée de l’eau est omniprésente, le rôle des aménageurs est de faire de cette contrainte une donnée centrale du projet et, autant que possible, un allié. Avec les experts qui travaillent à leurs côtés, ils doivent l’intégrer dès la conception des opérations : anticiper les risques, préserver les écosystèmes, mieux gérer la ressource, mais aussi imaginer les usages qu’elle peut permettre.
Car l’eau, c’est aussi la baignade et les loisirs, la protection de la biodiversité, le rafraîchissement de nos villes et de nos quartiers, des paysages de qualité et une attractivité nouvelle pour les territoires.
Dans cette newsletter, vous découvrirez de nombreux exemples de projets et de bonnes pratiques qui ont su dépasser la contrainte de l’eau pour en faire une composante à part entière du projet.
Parce qu’aménager avec l’eau, c’est finalement apprendre à lui faire une place, tout en anticipant et en intégrant les risques qu’elle représente dès la conception de nos projets.
Nicolas Gravit – Président de l’UNAM

11 millions
La France compte 11 millions de logements situés en zone inondable. Ils abritent près de 18 millions d’habitants répartis dans quelque 30 700 communes. Selon l’état des connaissances établi par l’État en 2025, plus d’un Français sur quatre (26,5 %) est ainsi exposé au risque d’inondation.
L’Hexagone compterait par ailleurs plus de 600 000 km de réseaux de voies d’eau, dont 8 500 km navigables et 6 700 km gérés par Voies navigables de France. Selon Thibaut Chagnas, directeur général de VNF, ce réseau remplit de multiples fonctions : transport de marchandises, préservation des écosystèmes, loisirs, approvisionnement en eau potable et développement des territoires.

Agir en connaissance de cause. Aussi attractif soit-il, un projet de construction à proximité d’un cours d’eau n’en reste pas moins soumis à plusieurs réglementations spécifiques telle que la Loi sur l’eau et/ou à d’autres réglementations environnementales : Natura 2000, SAGE (Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux), avec des obligations de déclaration ou d’autorisation environnementale selon les seuils. De plus, les règles de construction varient selon la localisation, pour notamment limiter les risques d’inondation ou préserver l’écosystème fragile des rivières. Le service public du Ministère de la Transition Écologique Envergo permet d’identifier ces obligations et de préparer les démarches avant un dépôt de dossier.

Nantes renoue avec la Loire
Si l’histoire de Nantes est étroitement liée à celle de la Loire, la ville a longtemps tourné le dos au fleuve. L’île de Nantes, reliée aux deux rives par plusieurs ponts, accueillait artisans et industriels jusqu’à la fermeture des chantiers navals à la fin des années 1980 . Au début des années 1990, alors que le centre et l’est de l’île se transforment progressivement, la réflexion se concentre sur l’aménagement de sa partie ouest. Dix années d’études débouchent sur un vaste projet de renouvellement urbain… adapté aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux du 21e siècle sans renier l’histoire nantaise.
Alexandre Chemetoff pose les premiers jalons du renouveau de l’île entre 2000 et 2010 en mettant en valeur son héritage industriel, culturel et artistique, symbolisé par le Grand Éléphant des Machines de l’île. Marcel Smets et Anne Mie Depuydt prennent ensuite le relais jusqu’en 2026 en donnant une nouvelle ampleur au projet, avec la construction d’un CHU, le développement des industries culturelles et créatives et la création d’un grand parc.

De la couverture à la réouverture
Longtemps perçue comme un obstacle à l’urbanisation, la rivière a progressivement disparu des villes françaises. Au cours du XXᵉ siècle, de nombreux cours d’eau ont été canalisés, couverts ou intégrés aux réseaux d’assainissement afin de libérer de l’espace pour l’urbanisation. Ces aménagements ont toutefois dégradé les milieux aquatiques et accru les risques d’inondation.

Porte d’Italie : La Bièvre à la sortie de Paris : 13.e arr. 1913 : [photographie] / [Atget]
L’histoire de la Bièvre illustre cette évolution. Cette rivière de 36 kilomètres, qui relie Guyancourt (Essonne) à la Seine, a d’abord soutenu les activités des tanneurs et teinturiers avant de devenir, au XIXᵉ siècle, un égout à ciel ouvert. Elle est alors progressivement enterrée entre 1860 et 1912. Depuis le début des années 2000, les collectivités redonnent leur place aux rivières urbaines. La réouverture de tronçons de la Bièvre vise à restaurer la biodiversité, mieux gérer les crues, rafraîchir la ville et recréer des espaces publics au contact de l’eau.
A Rennes aussi on fait machine arrière… même si la Vilaine n’a jamais été entièrement enfouie. Au début du XXᵉ siècle , la municipalité rennaise a choisi de couvrir une partie du fleuve dans le centre-ville afin de répondre aux besoins de son expansion : fluidifier les circulations commençant à être engorgées par le développement de l’automobile et accompagner la modernisation de la ville. La couverture de 1912 permet de dégager une grande place publique plutôt que de conserver un simple quai fluvial. Au début des années 1960, le prolongement de la couverture vers l’ouest se poursuit afin d’aménager des parkings. En 2026, Rennes redonne à nouveau accès à la Vilaine en remettant à ciel ouvert un tronçon de 270 mètres. L’objectif est de mieux adapter la ville aux enjeux climatiques, de restaurer le paysage urbain et de redonner une place à l’eau dans l’espace public.

Maîtriser le risque inondation
Aménager en bordure de l’eau ne s’improvise pas. Il faut composer avec cet élément naturel particulièrement capricieux tout en maîtrisant les risques qu’il implique. Une conférence technique du Cerema consacrée à la résilience face aux inondations rappelle plusieurs principes clés : préserver les champs d’expansion des crues, limiter l’imperméabilisation des sols, laisser davantage de place aux cours d’eau, restaurer les milieux aquatiques et intégrer le risque d’inondation dès la planification urbaine. Autant de leviers pour concevoir des territoires plus résilients.


Explorer les multiples dimensions de l’eau. Pour remettre l’eau au cœur de nos priorités et de nos vies, le 47e numéro de Traits d’agences , le magazine des agences d’urbanisme, a été consacré à l’automne 2025 à ce « bien commun universel ». Le dossier met en lumière plusieurs leviers d’action déjà à l’œuvre dans les territoires : faire de l’eau un facteur d’attractivité et de résilience, restaurer les continuités écologiques, développer des villes plus perméables ou encore expérimenter de nouvelles formes de gouvernance, à l’image du Parlement de la Loire, qui réunit élus, chercheurs, artistes et citoyens autour de l’avenir du fleuve.

Des JOP de Paris 2024 aux sites de baignade

Le retour de la baignade n’est pas seulement une question de qualité de l’eau : il témoigne aussi de la restauration des écosystèmes, de la réduction des pollutions, d’une meilleure gestion des eaux usées et d’un changement de regard sur les rivières urbaines. Promesse des JOP de Paris en 2024 , la possibilité d’organiser certaines compétitions de natation dans la Seine après plus d’un siècle d’interdiction a été un véritable défi. Désormais, la baignade est autorisée sur plusieurs sites parisiens, ainsi que dans la Marne.
En Europe, il est également possible de se baigner dans plusieurs cours d’eau européens : la Limmat à Zurich (Suisse), l’Aar à Berne (Suisse), le Rhin à Bâle (Suisse), l’Isar à Munich (Allemagne), le Danube à Vienne (Autriche), la rivière Amstel à Amsterdam (Pays-Bas), la rivière Spree à Berlin (Allemagne). Les Berlinois, quant à eux, expièrent bien profiter de ces divers exemples pour piquer à nouveau une tête dans la Spree.
On rentre du boulot avec les flots.
A Berne en Suisse, les habitants reviennent du travail en se laissant flotter sur la rivière Aar qu’ils utilisent comme moyen de transport alternatif. Une solution originale pour concilier utilité et plaisir : se rafraîchir en nageant tout en effectuant le trajet de retour chez eux.


Hafencity : Habiter en zone inondable. Programme de réaménagement d’une ancienne partie du port de Hambourg, Hafencity est souvent présenté comme le projet européen qui a changé la manière de penser l’aménagement en zone inondable. Il a été conçu dès l’origine pour accepter les crues de l’Elbe plutôt que les empêcher. Les espaces publics sont surélevés à environ 8-9 mètres, tandis que les rez-de-chaussée sont conçus pour résister aux inondations. Le quartier reste ouvert sur le fleuve et garantit la protection des habitants. À terme, 157 hectares accueilleront près de 8 000 logements, jusqu’à 45 000 emplois ainsi que des commerces, des équipements culturels, des établissements d’enseignement, des parcs et des promenades.

En Guyane, la résilience fluviale devient vitale. Depuis des siècles en Guyane, les fleuves l’Oyapock, à l’est et le Maroni à l’ouest, sont les piliers de l’organisation sociale, économique et culturelle des communautés riveraines. Face aux aléas climatiques, qui fragilisent leurs systèmes socio-territoriaux, l’Agence d’urbanisme et de développement de la Guyane (AUDeG), avec ses partenaires institutionnels et locaux, accompagne ces territoires dans la production de connaissances et la co-construction d’outils de gestion adaptés. Ces travaux alimentent ensuite les démarches de planification territoriale.

LODGE, CHOCOLATERIE ET…
Le bonheur est au bord de l’eau. Donner une seconde vie à des sites abandonnés ou obsolètes grâce à l’attractivité des voies d’eau fait partie des réussites mises en avant par Voies navigables de France. Certaines anciennes maisons éclusières deviennent par exemple des lodges sur le canal de Bourgogne ou encore une chocolaterie sur celui de Briare. Sur les berges du Rhône à Lyon, c’est un ancien strip-club qui a été transformé en bistrot-vélo.
…BICYCLETTE
Tout aussi « successfull », la Loire à vélo qui longe le fleuve sur 900 km du Mont-Gerbier de Jonc en Ardèche à Saint-Nazaire en Loire-Atlantique accueille plus d’un million de visiteurs chaque année. Une illustration supplémentaire de la capacité des voies d’eau à devenir des lieux de loisirs, de mobilité douce et d’attractivité pour les territoires.

Canicules et noyades vont (malheureusement) de pair. Entre le 1er mai et le 15 juillet 2026, 274 personnes ont perdu la vie à la suite d’une noyade selon le premier bilan effectué par Santé publique France (SpF) fin juillet . Au total, SpF a recensé 925 noyades (+ 14 % en un an) dont la majorité pendant l’une des trois périodes de vigilance canicule. Chez les mineurs, les noyades suivies de décès (23 noyades sur 27) sont majoritairement survenues dans des cours d’eau et plans d’eau, soit 62% de cette classe d’âge. Dans les régions de l’intérieur du pays, la hausse des décès s’explique en grande partie par les baignades en milieu naturel dans des lieux non aménagés et interdits.
La plus grande vigilance s’impose donc, comme le rappellent les pompiers de Paris dans ce post.
DE L’IMPORTANCE DE RENATURER LES BERGES
La nature a toujours le dernier mot.
De nombreux cours d’eau ont été négligés à mesure que leurs fonctions économiques traditionnelles disparaissaient. Aussi, la renaturation des berges vise à redonner aux rivières un fonctionnement plus naturel, explique la société idverde, en restaurant leur végétation, leurs méandres et leurs zones humides, ce qui favorise le retour de la faune et de la flore, améliore l’autoépuration de l’eau, abaisse sa température et renforce la résilience des milieux face au changement climatique. Enfin, des berges renaturées offrent un cadre de vie plus agréable tout en renforçant l’attractivité et le développement économique des territoires.

CONNAISSEZ-VOUS LA RIPISYLVE ?

La végétation aussi souffre. Les ripisylves sont les formations végétales (arbres, arbustes et herbacées) qui bordent les cours d’eau et constituent une interface essentielle entre les milieux aquatiques et terrestres. En bon état écologique, elles stabilisent les berges, filtrent les polluants, rafraîchissent l’eau, stockent du carbone et servent de corridors écologiques pour une biodiversité très riche. Plus de 80 % des ripisylves naturelles ont disparu en Europe et en Amérique du Nord au cours des deux derniers siècles. Plus de 90 % des plaines alluviales européennes présentent également un état écologique dégradé. Comme l’explique la revue Sciences Eau et Territoires, leur restauration permet de retrouver progressivement ces services écosystémiques tout en renforçant la résilience des rivières face au changement climatique.

« On peut rendre un fleuve propre. Dans trois ans, j’irai me baigner devant témoins dans la Seine pour montrer qu’elle est devenue un fleuve propre ».
Jacques Chirac, alors maire de Paris
« L’Égypte est un don du Nil ».
Hérodote

Tout comprendre sur les risques de l’artificialisation. Le dérèglement climatique a donné un nouvel éclairage sur les impacts de l’artificialisation des sols sur l’eau et les milieux aquatiques. Le portail Eaufrance, qui centralise les données du Système d’information sur l’eau (SIE), permet d’en mesurer l’ampleur. En 2023, la France comptait 104 044 obstacles à l’écoulement des cours d’eau, contre 100 824 en 2018, soit plus de 3 200 ouvrages supplémentaires en cinq ans. Barrages, seuils, digues ou buses peuvent fragmenter les habitats, perturber la continuité écologique, accélérer le ruissellement et aggraver les risques d’inondation, de sécheresse, d’érosion ou de dégradation de la qualité de l’eau.

Du 30 septembre au 2 octobre, la Société Hydrotechnique de France donne rendez-vous à Rouen pour son colloque « Aménagements et biodiversité des continuums fluviaux et littoraux : De la terre à la mer ». Dans un contexte marqué par la multiplication des sécheresses, des fortes pluies et des tensions sur les milieux aquatiques, l’événement fera le point sur les solutions permettant de mieux concilier aménagement des territoires et préservation de la biodiversité. Les échanges porteront en priorité sur la restauration écologique, les solutions fondées sur la nature, l’éco-conception des ouvrages hydrauliques, la protection contre les inondations et l’adaptation au changement climatique.

Pas le temps de parcourir les 388 pages du 3e Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3 – 2025) ? Voici les enseignements qui concernent directement l’aménagement des territoires au bord de l’eau.
🌡️ +4 °C : un nouveau régime de l’eau
Le PNACC 3 introduit la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC). En retenant l’hypothèse d’une France à +4°C d’ici 2100, le plan acte que le cycle de l’eau sera profondément modifié : crues plus intenses, sécheresses plus longues, baisse des débits estivaux et tensions accrues sur la ressource. Les projets d’aménagement doivent désormais intégrer ces évolutions dès leur conception.
⚖️ Entre excès et pénurie d’eau
Les projections montrent des contrastes plus marqués selon les saisons et les territoires : en Bretagne, les précipitations hivernales pourraient augmenter d’environ 15%, tandis qu’elles diminueraient d’environ 25% en été. En Occitanie, les pluies estivales pourraient elles aussi reculer d’environ 25% d’ici 2100. Le plan invite donc à concevoir les territoires en anticipant des alternances plus fortes entre inondations et sécheresses.
🌊 Repenser le cycle de l’eau
Le plan considère l’évolution du cycle de l’eau comme l’un des principaux facteurs de vulnérabilité des territoires. Il préconise de préserver les zones d’expansion des crues, restaurer les zones humides, favoriser l’infiltration des eaux pluviales, limiter l’imperméabilisation des sols et redonner de l’espace aux cours d’eau afin de réduire l’exposition aux inondations tout en renforçant la résilience face aux sécheresses.
🏗️ Du “climat passé” au “climat futur”
Le PNACC rompt avec une logique historique : les règles d’urbanisme, les infrastructures, les réseaux ou les ouvrages hydrauliques ne doivent plus être dimensionnés selon les statistiques climatiques passées, mais selon les conditions climatiques attendues au cours de leur durée de vie. Cette approche concerne aussi bien les projets neufs que les opérations de renouvellement urbain.
📊 52 mesures, plus de 200 actions
Le plan rassemble 52 mesures déclinées en plus de 200 actions, couvrant l’ensemble des secteurs : urbanisme, logement, infrastructures, gestion des risques, biodiversité, littoral, montagne, agriculture ou encore commande publique. L’objectif est d’intégrer l’adaptation dans toutes les décisions d’aménagement, plutôt que de la traiter comme une politique sectorielle.
La synthèse de ce rapport a été réalisée avec l’aide de Mistral AI.
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