« Le projet urbain ne sort pas d’un document d’urbanisme » (Christian Devillers, architecte)

« On ne sait plus faire des villes comme Arles, avec cette saveur, cette poésie. Les villes d’avant se construisaient autour des usages. Puis la manière de faire s’est coupée du réel, dans une logique sectorielle, chacun s’occupant de son bout de secteur, les uns les routes, les autres les jardins, les 3e les immeubles. Au final, ça fabrique quelque chose d’inhabitable. Il est nécessaire d’aller à l’opposé de cette logique malheureuse de division. Le projet urbain, c’est repenser les usages de la ville avec ceux qui y vivent », indique l’architecte et urbaniste Christian Devillers (agence Devillers & associés), le 21/05/2019 à Arles, intervenant sur le thème de la fabrication de la ville aujourd’hui.

« Les techniciens mettent en forme des bâtiments, des routes…. Mais la ville ne repose pas seulement sur des déterminations techniques ou socio-économiques. Si les élus ne portent pas les projets, le liant ne peut se faire. Prenez Bilbao, souvent citée en exemple. Ce n’est pas la Fondation Guggenheim qui a relancé Bilbao (le musée a été ouvert en 1997) mais les forces vivres du territoire. Le Guggenheim n’a fait que parachever la démarche », déclare Christian Devillers.

Il faut revenir aux « principes de l’empowerment, qui forme la base démocratique. On ne peut pas aménager sans les gens. Les concertations existent, en général, c’est plutôt sympa. Mais cette phase produit-elle du projet ? C’est moins évident. Le projet urbain ne sort pas d’un document d’urbanisme mais se construit autour de la manière dont on fait vivre l’espace public. Les ZAC, nous savons les faire, les villes un peu moins ».

Christian Devillers répond aux questions de News Tank.

« Ce qui me frappe dans les villes, c’est leurs césures »

Quand vous arrivez dans une ville ou sur un territoire nouveau et qu’on vous invite à le transformer, quel élément attire en premier votre curiosité ? Sur quoi se pose votre regard ?

Ce qui me frappe dans les villes, c’est leurs césures. Au fil du temps, elles se sont coupées du réel. Chacun travaille dans son coin, ce qui rend certaines villes inhabitables. Il faut aller à l’opposé de cette logique malheureuse de division en privilégiant le projet urbain qui doit permettre de faire travailler ensemble tous les acteurs. Ce qui est frappant, ce sont les conséquences de ces interventions segmentées sur l’identité de la ville.

Comment sortir de cette approche sectorielle et cloisonnée ?

En revenant aux principes de l’empowerment, qui forme la base démocratique. On ne peut aménager sans les gens. Les concertations existent, en général, c’est plutôt sympa, mais est-ce que ça produit du projet, c’est moins évident. Le projet urbain ne sort pas d’un document d’urbanisme mais se construit autour de la manière dont on fait vivre l’espace public. Les ZAC, nous savons les faire, les villes un peu moins.

Les enjeux de développement durable ou de transition énergétique changent-ils la donne pour les urbanistes ?

C’est un motif supplémentaire pour penser et concevoir les choses ensemble. Du bâtiment à énergie positive, qu’il faut savoir faire fonctionner à l’économie des ressources, aux équilibres de la biodiversité, sans oublier la santé, avec la pollution et le bruit qui sont de vraies menaces. Les techniciens mettent en forme des bâtiments, des routes…. Mais la ville ne repose pas seulement sur des déterminations techniques ou socio-économiques. Si les élus ne portent pas les projets, le liant ne peut se faire. Prenez Bilbao, souvent citée en exemple. Ce n’est pas la Fondation Guggenheim qui a relancé Bilbao (en 1997) mais les forces vivres du territoire. Le Guggenheim n’a fait que parachever la démarche. J’étais de ceux qui ont participé à la renaissance de la Plaine Saint-Denis, aujourd’hui 2e zone économique de la région parisienne. Au départ, c’était un champ de ruines. On ne savait pas où on allait. Nous avons travaillé et su saisir l’opportunité du Stade de France, qui se cherchait un lieu autour de Paris. Mais c’est parce que ce travail collectif avait été lancé avant que le projet de Grand Stade n’émerge que ce dernier a pu voir le jour sur ce territoire. Les territoires qui bougent attirent les investisseurs.

Vous travaillez sur le SCOT de la métropole Aix-Marseille-Provence. Le Pays d’Arles refuse la fusion avec la métropole. Quel est votre avis ?

Il s’agit de petits calculs politiques sans intérêt. Arles, dans son vécu quotidien, est déjà dans la métropole marseillaise, c’est une évidence. Et elle a tout intérêt à la rejoindre au plus vite car c’est à mes yeux la plus belle de France. Elle présente le plus gros potentiel de développement.

 

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