


L’archéologie préventive est un sujet que les aménageurs connaissent bien. En effet, pendant le parcours du montage de nos opérations, nous sont régulièrement confrontés à cette étape particulière qui consiste à sonder le sol avant de le transformer, avec ce que cela implique d’incertitudes, mais aussi de découvertes parfois inattendues. Cette réalité est faite de contraintes concrètes : des délais à intégrer, des calendriers à anticiper, des équilibres opérationnels à trouver. Mais elle est parfois faite aussi de rencontres avec des équipes de chercheurs, avec l’histoire d’un lieu, avec, dans certains cas la découverte de vestiges, qui apportent un regard différent sur nos projets. C’est précisément la qualité de ce dialogue, entre aménageurs, archéologues et services de l’État, qui fait la différence. Lorsqu’il s’engage tôt et dans un esprit de coopération, il permet d’aborder cette étape avec davantage de sérénité. C’est dans cet esprit que l’Union des Aménageurs et l’Inrap ont souhaité nouer depuis de longues années un partenariat. Les aménageurs ont tout à gagner à mieux connaître les enjeux de l’archéologie préventive, et les archéologues à mieux comprendre les contraintes des projets. Ce numéro de Cartes sur table illustre cette ambition commune.
Nicolas Gravit – Président de l’UNAM
Construire demain sur les racines d’hier. L’aménagement du territoire et l’archéologie préventive partagent une ambition commune : agir sur l’espace pour servir l’intérêt général. C’est tout le sens du partenariat entre l’Inrap et l’Union des Aménageurs, qui scelle une alliance durable et constructive entre les bâtisseurs et les chercheurs. Pour l’Inrap, établissement public, l’archéologie se doit d’être un levier de performance et d’acceptabilité pour les projets. En mettant notre expertise à disposition des adhérents de l’Union des Aménageurs – via des retours d’expérience, des formations ciblées et un accompagnement étroit sur les enjeux opérationnels et environnementaux – nous visons une intégration fluide du patrimoine dans vos calendriers de travaux. Rappelons-le : seuls 8 % des territoires artificialisés font l’objet d’un diagnostic chaque année. Cette mesure permet pourtant de transformer une étape technique en un véritable récit partagé. Nos découvertes apportent de l’émotion et du sens aux nouveaux quartiers. En valorisant scientifiquement les sites fouillés, nous offrons aux futurs habitants des repères historiques précieux. Ensemble, nous ne nous contentons pas de livrer des logements ou des infrastructures ; nous révélons l’identité des territoires pour mieux penser l’urbanisme de demain.
Dominique Garcia – Archéologue, Professeur des Universités et Président de l’Inrap

Pour un tel sujet, mieux vaut être précis. L’archéologie préventive désigne une mission de service public dont l’État a la responsabilité et qui s’exerce lorsque des éléments du patrimoine archéologique sont menacés de destruction, sur terre et sous les eaux, par des projets de travaux ou d’aménagement du territoire, publics ou privés.
Alors que l’archéologie préventive permet de mieux connaitre et surtout de préserver notre passé, les obligations y afférente sont assez récentes en France puisqu’elles datent de 2001. Les fouilles archéologiques deviennent alors une étape obligatoire intégrée à toute opération affectant le sous-sol. Jusqu’à cette date, la seule législation en la matière remontait au régime de Vichy et à la loi du 27 septembre 1941 dite loi Carcopino du nom de son auteur.

Ils sont concernés :
– ZAC et permis d’aménager de plus de 3 ha ;
– Travaux soumis à déclaration ou autorisation et autres aménagements soumis à une étude d’impact telles que routes ;
– Déchetteries ou carrières ;
– Travaux menés sur des immeubles classés au titre des monuments historiques ;
– Travaux d’affouillement, de préparation du sol, d’arrachage de vigne, et de création de retenue d’eau ou de canaux.
… peu de projets échappent à la règle sur l’archéologie préventive.

Le complexe de Pausanias ?
Il y a un an, des agents du ministère de la Culture, qui prescrivent certains sondages, et les archéologues de l’Inrap, qui les réalisent étaient appelés à faire grève, comme le mentionnait Le Monde, faute de moyens pour accomplir leurs missions. Jean-Paul Demoule explique dans cet article les raisons de leur courroux et les menaces qui pèsent dès lors sur l’avenir de l’archéologie préventive par manque de financements, ce qui témoignerait d’un certain désintérêt de la France alors que la nation se targue d’abriter des œuvres archéologiques du monde entier, ce que Alain Schnapp a appelé le « complexe de Pausanias ». Autrement dit, une tendance bien de chez nous à valoriser l’archéologie et le patrimoine… à l’étranger plutôt qu’en France.

• Pour gagner en réactivité et connaissance du territoire, Amiens métropole a créé en 2009 son service archéologique et a signé fin 2025 une convention-cadre avec l’Etat afin d’être plus efficace, comme l’explique Richard Jonvel, chef du service archéologie d’Amiens métropole.
• À Chartres, ancienne cité gallo-romaine aux sous-sols remplis de vestiges, l’agglomération a fait de « cette contrainte une chance » en valorisant les découvertes auprès des habitants. « Aucun projet urbain n’est retardé du fait de fouilles », faisait valoir en 2023 Jean-Pierre Gorges, ancien maire battu au scrutin de mars 2026, dont la métropole emploie quelque 40 archéologues.
• Face aux richesses mises à jour par les fouilles archéologiques avec par exemple les 115 tombes médiévales découvertes à Clermont-Ferrand, certaines communes en profitent pour faire de la pédagogie.
• À Trans-en-Provence (Var), un terrain archéologique où sont construits des logements a fait l’objet en juin 2025 d’une visite guidée exceptionnelle des riverains. Et à Strasbourg, c’est une exposition des découvertes faites lors des fouilles préventives de la construction de l’A355 qui a été proposée à la population.


On préparait à ériger une pyramide en surface, mais que cachait le sous-sol ? En France, les premières réponses restent ponctuelles jusqu’aux années 1970, où se développe une “archéologie de sauvetage” encore peu encadrée juridiquement.

La dalle ornée de Saint-Bélec à Leuhan (Finistère) est probablement la plus vieille représentation cartographique d’un territoire connue en Europe.

La dalle de Saint-Bélec sera visible à l’occasion de l’exposition temporaire “Les maîtres du feu” du 13/06/2025 au 15/06/2026.

Le projet de loi de « simplification de la vie économique » examiné à l’Assemblée nationale a fait réagir les archéologues craignant une réduction des obligations en matière d’archéologie préventive avec notamment la possibilité de déroger aux obligations législatives pour certains projets d’aménagement, en particulier les projets qualifiés « d’intérêt national majeur ». La disposition a finalement été supprimée par les députés. Cependant d’autres pistes seraient toujours en discussion telle que la hausse du taux de la taxe d’archéologie préventive et la réduction des délais et contraintes pour les aménageurs.

On n’arrête pas le progrès même quand il s’agit de revisiter le passé. L’archéologie passe au crible du LiDAR. Le Monde explique cette technologie de télédétection par laser qui dévoile les ruines invisibles sous la végétation. Bluffant !

« Il ne faut pas faire des fouilles pour se faire plaisir. Il est préférable de mettre de l’argent dans la restauration du patrimoine plutôt que de creuser un trou pour creuser un trou ».
Rachida Dati, alors ministre de la Culture
« Creuser un trou pour creuser un trou ? « C’est parce qu’il y a une archéologie préventive en France que nous exhumons chaque année de nouveaux sites patrimoniaux, et c’est grâce à ce patrimoine que la France demeure la première destination touristique au monde, ce dont bénéficie toute l’économie du pays ».
Françoise Bostyn, Jean-Paul Demoule et Jean Guilaine
« Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous. Des trous d’seconde classe. Des trous d’première classe »-
Serge Gainsbourg qui commentait ce « clash » avant l’heure

Le Japon est le pays qui dépense le plus au monde en proportion d’habitants et de surface, avec une archéologie préventive de pointe, gérée pour l’essentiel par les services archéologiques des collectivités territoriales, et d’importants efforts de diffusion auprès du public, indique le média Actu-culture.com.

1,28%
Sur les 52 184 projets d’aménagement reçus par les services archéologiques en Drac, en 2025 (50 842 en 2024 et 45 444 en 2023), moins de 5 % ont fait l’objet d’un arrêté de prescription de diagnostic et 1,28 % (soit 667) d’un arrêté de prescription de fouille contre respectivement 6,34 % et 1,47 % ( soit 749) en 2024.


95% des aménageurs sont satisfaits de leur collaboration avec l’INRAP (juillet 2025).

Inventaire informatisé des sites archéologiques en France, la carte archéologique nationale – uniquement accessible sur demande – présente une multitude de fonctions : établir des cartes « prédictives » du patrimoine archéologique, des documents de gestion et d’aménagement du territoire ; développer des programmes de recherches ; réaliser les études d’impact ou encore orienter les stratégies de prescription archéologique dans les projets de travaux…

Promouvoir et mieux appréhender les démarches d’archéologie préventive au sein du secteur HLM, telles sont les ambitions du guide réalisé en 2025 par l’Union sociale pour l’habitat en partenariat avec l’Inrap.

Bientôt à Paris : un village archéologique débarque sur la place de la Bastille pour les journées de l’archéologie 2026.

AVEC MISTRAL – Nous avons demandé à Mistral de nous résumer le rapport « Données chiffrées de l’archéologie préventive » du ministère de la Culture paru au début du mois. Voici les enseignements clés à retenir, d’après l’IA.
1. Un filtre de plus en plus sélectif dans les projets
• En 2025, ~52 000 dossiers d’aménagement traités (niveau élevé, post-reprise)
• Mais :
o Seulement 4,9 % font l’objet d’un diagnostic (vs ~8,7 % en 2020)
o ~1,3 % seulement vont jusqu’à une fouille
👉 Traduction : l’archéologie reste un risque faible mais non négligeable, mieux ciblé qu’avant
2. Une baisse nette des prescriptions → effet “fluidification”
• Diagnostics prescrits en baisse continue depuis 2021
• Fouilles prescrites en recul en 2025 (667 vs pic à 786 en 2023)
👉 Le système semble moins inflationniste, probablement mieux calibré
3. Mais un vrai sujet : la réalisation effective des fouilles
• En moyenne, 40 % des fouilles prescrites ne sont jamais réalisées
• Et chute récente :
o 60 % réalisées (cohorte 2020)
o 22 % seulement pour 2025
👉 Lecture pro :
• abandon de projets
• ou adaptation des projets pour éviter la fouille
➡️ L’archéologie devient un levier d’optimisation de projet, pas juste une contrainte
4. Des délais et volumes non négligeables
• 6 000 à 7 700 hectares diagnostiqués/an
• ~400 à 500 ha fouillés/an
👉 Impact direct sur :
• les calendriers
• les coûts amont
• la maîtrise foncière
5. Un marché encore très dominé par l’Inrap
• ~78 % des diagnostics réalisés par l’Inrap
• ~22 % par les collectivités
👉 Peu de concurrence réelle → enjeu de capacité et délais
6. Une géographie très contrastée (enjeu clé pour les projets)
• Certaines régions très exposées :
o Grand Est, Normandie → taux de diagnostic élevés (jusqu’à 10–15 %)
• D’autres plus faibles (Hauts-de-France, Corse…)
👉 Traduction opérationnelle :
• le risque archéo est territorialisé
• il doit être intégré dès la stratégie foncière
© UNAM 2026
